Et si on avait le même niveau d’exigence avec l’OL qu’avec ses supporters ?

Dubois

HUMEUR. Léo Dubois est le grand sujet de débat du moment. Pas pour s’étonner du niveau d’un titulaire indiscutable, mais pour se plaindre des sifflets entendus à l’annonce de son nom avant la victoire contre Nice. Une constante dans le storytelling autour de l’OL, certains semblent plus exigeants avec ses supporters qu’avec un club qui a soulevé son dernier trophée majeur après avoir serré la main du président Nicolas Sarkozy.

Si Léo Dubois est touché par les sifflets, on peut le rassurer : il fera « bien fermer des bouches » la prochaine fois qu’il réussira un centre (voire un match, soyons fous). C’est là le principal avantage de son nouveau statut médiatique de « bouc-émissaire des supporters ».

Après quatre matchs avec Burnley, Maxwel Cornet était ainsi devenu une star de Premier League que ces idiots de supporters devaient regretter de ne pas avoir titularisé dans l’axe. Son club est aujourd’hui lanterne rouge avec une victoire en 21 rencontres, l’Ivoirien n’a marqué que deux fois depuis ses fameux débuts, et il est aligné sur l’aile depuis janvier.

Après sa victoire sans contestation contre l’OL, Bruno Genesio avait définitivement prouvé que toutes les critiques entendues pendant ses trois ans et demi à l’OL étaient erronées, et était devenu le coach le plus excitant du championnat. Il s’est depuis fait éliminer de Coupe de France par la lanterne rouge de Ligue 2 et reste sur une série de 6 défaites en 9 matchs de Ligue 1, mais il n’est pas sûr que quelqu’un qui n’écouterait que les commentaires médiatiques sans lire le classement saurait que l’OL est à égalité de points avec Rennes (en ayant eu un point retiré).

Autant dire qu’on a de la chance que les gens aient oublié l’existence de Lucas Tousart, ne regardent pas la Bundesliga, et que le Hertha Berlin soit nul, sinon on serait informés dès sa première passe vers l’avant réussie. Un privilège induit par un discours qui se veut équilibré et bienveillant, contrairement à celui des supporters fantasmés. Eux n’ont pas le droit à ce traitement : on ne leur demande jamais leur avis (qu’on déduit des manifestations les plus excessives des tribunes ou des réseaux sociaux) et on ne se gêne pas pour leur porter un jugement très sévère qu’on refuse aux joueurs.

Pas compliqué d’expliquer les sifflets

Entendons-nous bien : on a tout à fait le droit d’être en désaccord avec les sifflets, dont on peut légitimement se demander ce qu’ils apportent. Mais les mêmes qui se refusent à avoir une analyse perçue comme excessive sur tous les sujets ne se gênent cette fois pas pour laisser de côté leur centrisme footballistique. Il est pourtant plutôt facile d’expliquer les sifflets, ce qui ne signifie pas forcément les cautionner : le football est un domaine où la passion joue un grand rôle, et qui est public. Les gens ont donc parfois des avis tranchés, qui s’expriment bruyamment.

L’absurdité d’un niveau d’exigence plus élevé envers la façon dont des passionnés vivent leur passion qu’envers la façon dont des professionnels exercent leur métier…

Et il est bon de rappeler que ceux qui sont professionnels sont sur le terrain (ou en tribune de presse), contrairement à ceux qui sont en tribunes ou devant leurs télés et qui payent indirectement les premiers. Pas question de faire du poujadisme, en tançant les salaires : les gens ont toujours le droit de donner leur avis sur le foot, y compris en National, en R1 ou en FSGT. Mais ce rappel illustre l’absurdité d’un niveau d’exigence plus élevé envers la façon dont des passionnés vivent leur passion qu’envers la façon dont des professionnels exercent leur métier.

On peut donc rassurer Léo Dubois une deuxième fois : avec cette exigence plus importante envers les supporters qu’envers les joueurs, personne ne semble se rappeler que le principal problème le concernant n’est pas que le public ne scande pas son nom au moment où le speaker du Parc OL annonce les compositions, mais plutôt son niveau de jeu et son statut de titulaire indiscutable. Même si on s’excuse d’avance auprès de ceux qu’une opinion sur le foot trop tranchée pourrait choquer.

Hugo Hélin

(Photo Damien LG / OL)

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