Avec l’arbitre de Cheminots de Vaise – AS Algérienne de Villeurbanne

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COUPE DE FRANCE. La saison passée, Le Libéro Lyon vivait déjà le premier tour de Coupe de France au stade Gilbert Vignes pour un spectaculaire Cheminots de Vaise – FC Grigny (6-2). Un an plus tard, on était ce dimanche à la même main courante. Mais en se focalisant un peu moins sur les joueurs, et un peu plus sur l’arbitre.

Après avoir assisté à un exotique FC Latino – Antillais de Villeurbanne lors du tour de cadrage la semaine dernière, on avait demandé sur notre page Facebook si des gens avaient des bons plans à proposer ou voulaient nous accueillir pour le premier tour. La proposition la plus intéressante est finalement venue de Sulyvan Manfroi, déjà croisé au bord de terrains rhodaniens puisqu’il est responsable de la communication de l’AS Saint-Priest et qui arbitrait ce week-end Cheminots de Vaise – AS Algérienne de Villeurbanne. Invitation acceptée.

« Je suis à Saint-Priest toute la semaine, donc ça me permet de voir d’autres gens le dimanche », plaisante-t-il une heure et demie avant le match, au moment où il arrive au stade en même temps que les premiers joueurs à arriver. La rencontre se prépare alors doucement, avec le choix de la couleur de son maillot après étude de ceux des deux équipes et des deux gardiens (l’homme en noir sera finalement bien en noir), une réponse à un joueur concernant la hauteur autorisée des bandes de strap sur les chaussettes et une petite inspection du stade pour savoir comment le club recevant gérera la soixantaine de spectateurs en ces temps de covid.

Contrairement aux apparences, ceci n'est pas un match de poule.

Contrairement aux apparences, ceci n’est pas un match de poule.

L’arbitre doit d’ailleurs en théorie s’assurer que le public porte suffisamment le masque, une responsabilité qui semble compliquée à gérer en plein match pour un homme seul. Car il n’a à ce niveau de la compétition pas de vrais assistants, et doit donc donner un drapeau à un licencié de chaque équipe. Ceux-ci ne jugeront pas les hors-jeu (un élément qui rendrait Filippo Inzaghi inutile lors des premiers tours de Coupe de France, car l’arbitre a du coup tendance à siffler tous les appels à la limite du hors-jeu), mais uniquement les touches, et parfois au mépris de l’objectivité. « Il y a des moments où je sais que c’est limite, mais c’est aussi une relation de confiance », explique après le match Manfroi. « Je ne peux pas trop les désavouer, sauf si c’est vraiment évident. »

Après son échauffement, une demi-heure environ avant le coup d’envoi, Manfroi devra toquer à la porte du vestiaire de l’Algérienne de Villeurbanne pour trouver un volontaire pour la tâche. La case « Arbitre assistant 2″ était en effet jusque-là toujours vide sur la feuille de match, remplie via tablette. Peu de temps avant, un dirigeant des Cheminots de Vaise est lui aussi venu pianoter sur l’écran. « Pardon, je peux faire un changement sur la feuille de match ? Un de nos joueurs est arrivé en retard, du coup il est remplaçant au lieu de titulaire. »

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Avant que les capitaines ne vérifient les licences de l’équipe adverse, Manfroi les convoque dans son bureau pour un rapide briefing. L’un des deux est surpris lorsqu’il apprend qu’il n’y a plus de prolongations en Coupe de France, mais directement des tirs au but. Une seule question, assez classique, est finalement posée à l’arbitre : est-il possible de jouer vite les coups francs ou faut-il attendre le coup de sifflet ? « Je ne vais pas vous empêcher de jouer vite, au contraire. Ça fait longtemps qu’on n’a pas joué au foot, on en a tous envie, donc faites-vous plaisir. »

Le match donnera toutefois assez peu de plaisir aux spectateurs, malgré un score final presque aussi prolifique que le premier tour de l’an dernier : 2-5 en faveur des Villeurbannais qui évoluent en R3 quand leurs adversaires viennent de monter en D2. Aucune des deux équipes n’aura toutefois vraiment impressionné, entre une condition physique encore à peaufiner et une qualité technique aléatoire illustrée par le fait que trois des quatre premiers buts ont été marqués contre leur camp. « Ce n’était sans doute pas le meilleur match à regarder », avoue Manfroi en finissant de remplir la feuille de match avec le score, les cartons, les changements et d’éventuelles blessures. « Il y avait de l’intensité, mais de grosses lacunes. » Une intensité parfois pas facile à gérer pour l’arbitre de 23 ans, dont déjà 9 d’arbitrage, avec trois fautes qui auraient pu mériter un avertissement dans les dix premières minutes et un début de baston en fin de première période.

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« Si j’avais sorti les cartons jaunes dès le début, j’en aurais mis plus de quatre au final », débriefe calmement Manfroi. « Dans la logique, j’aurais dû mettre jaune et jaune » sur l’accrochage provoquant la tension avant la pause, « mais l’un des deux joueurs impliqués en avait déjà un et la sanction aurait été trop déséquilibrée. J’ai préféré appeler les capitaines pour leur dire qu’il restait 45 minutes et que je sortirai un rouge de chaque côté si ça continuait. Et ça a été mieux ensuite. » 

Malgré la dizaine de supporters de chaque équipe qui, même à ce niveau, se plaignent de l’arbitre ou tentent de l’influencer depuis la main courante. « Ça fait partie du charme », sourit Manfroi. « Il y a public qui crie et public qui crie. Là, ça va. J’ai déjà arrêté un match pour propos racistes, avec un joueur noir qui était constamment pris à partie. J’avais renvoyé les deux équipes aux vestiaires tant que le club ne résoudrait pas ce problème, et il a fallu faire venir la gendarmerie pour faire sortir les spectateurs en question. »

Hugo Hélin

(Photos Hugo Hélin / Le Libéro Lyon)

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