Que faut-il encore attendre de la saison 2020/21 de l’OL ?

Garcia

HUMEUR. Pour s’éviter de nouvelles frustrations, le supporter lyonnais doit-il considérer la saison 2020-21 comme d’ores et déjà sacrifiée, sur l’autel d’une transition vers une (vraie) révolution ? Tentant de lâcher prise et d’y croire, certains indices laissant penser qu’une politique de la table rase se prépare. Méfiance, toutefois : rien ne garantit que l’OL finisse par réussir à choisir enfin une bonne stratégie de rebond. D’autant qu’une nouvelle saison pourrie ne serait pas sans conséquence.

On évoquait récemment le calcul biscornu (mais nécessaire) du club concernant le staff actuel. En conservant depuis plusieurs années, à chaque changement de numéro un, les assistants de l’entraineur sortant, l’OL s’est placé dans une situation improbable, où le nouvel arrivant doit s’adapter à un staff en partie subi. En alignant tous les contrats sur juin 2021, le club s’est ouvert une porte de sortie, mais à date fixe. Changer d’attelage en cours d’année obligerait à recréer un décalage dans les échéances des contrats. Ce n’est pas la meilleure raison d’opter pour un statu quo, mais ça reste une partie de l’équation difficile à modifier. L’ensemble des individus concernés ont probablement compris cette logique, que Jean-Michel Aulas lui-même a explicitée sur OLTV. Première inquiétude : comment être sûr que les membres du staff actuel, se sachant en sursis, voudront tout donner pour honorer leur contrat, plutôt que de bâcler le job de mauvaise grâce, puisque de toute façon la place est perdue ?

Mercato réversible

Ceux qui espèrent qu’un nouvel élan soit donné au club l’an prochain peuvent trouver des indices rassurants dans le mercato qui confirme, par certains aspects, la dimension « one shot » possible de la saison à venir. Les arrivées « pour un an » de Mattia De Sciglio et Djamel Benlamri répondent à des besoins exprimés par Garcia, sans engager à grand-chose. Le défenseur algérien vient pallier le départ d’un joueur que l’actuel coach ne tient pas en grande estime, et qui n’a rien fait sous le maillot de l’OL pour le faire changer d’avis (Joachim Andersen). L’absence d’option d’achat pour ce dernier, à Fulham, peut militer pour une mise à l’écart « le temps que ». Dans son genre, le prix fixé pour Reine-Adélaïde pour Nice (25 M€) ressemble à une assurance pour l’OL de rentrer dans ses frais, ou de récupérer ce joueur à fort potentiel après le départ de Garcia, l’OGCN n’étant pour l’instant pas habitué à pratiquer ce genre de prix.

De manière plus subie, le temps va faire son œuvre cette année aussi pour les joueurs en fin de contrat. Le cas Memphis Depay fait beaucoup jaser. Dans la catégorie des « non retenus en cas d’offre satisfaisante » depuis quelques mercatos, Marcelo fait moins parler de lui. Ces deux dossiers seront classés, d’une manière ou d’une autre, en juin prochain. Et si c’est par un double départ, le concept de fin de cycle prendra encore un peu plus d’épaisseur avec ces deux joueurs qui auront marqué, de manières différentes, la même période que de nombreux partants de cet été (Bertrand Traoré, Fernando Marçal, Kenny Tete ou Lucas Tousart…).


Encore 30 matchs à tirer

Il n’y aurait donc qu’à laisser le temps faire son œuvre pour aboutir à un nouveau départ l’été prochain ? Que les optimistes quittent cette page, car on arrive dans la zone moins réjouissante. Le problème pour cet OL, c’est que le foot ne se passe pas que dans les organigrammes, le marché des transferts et les plans stratégiques. Il reste 30 à 40 matchs à jouer cette saison, et si la tendance actuelle (jeu, résultats, ambiance) se poursuit, le prochain « projet » se construira sur un édifice pourri : probablement sans Europe (ou du moins sans Ligue des Champions, la création de la Ligue Europa Conférence pouvant offrir un ticket pour des matchs en semaine jusqu’au 7e de Ligue 1 selon le vainqueur de la Coupe), avec une trésorerie sous pression de ce fait (entre autres), un lustre sportif sérieusement compromis et dans une atmosphère plus que morose que ce soit en interne comme chez les supporters, Juninho devra assumer deux premières saisons cata, Aulas verra se rapprocher le spectre d’une fin de règne ratée.

Le prochain entraîneur profitera peut-être de l’effet « ça ne peut pas être pire », mais il aura lui aussi une belle pression et devra réussir vite, avec des moyens sans doutes limités… Et d’ailleurs, même en cas de saison 20/21 de nouveau très décevante, qui peut assurer aujourd’hui que le plan de relance sera bien pensé, et surtout efficace ? Depuis plusieures longues années, l’OL ne s’est pas vraiment montré prompt à tirer les leçons de ses erreurs de gestion successives. Toute mauvaise surprise n’est malheureusement pas à écarter dans ce registre.

Dilemme familier

Et si la situation s’améliore dans les semaines et mois qui viennent ? Un autre risque menace : celui de s’en contenter. Après un début de saison raté, l’OL revient à la troisième place sans flamber, et sort de Coupe de France sur un honorable quart de finale à l’extérieur. Comment être sûr que ce type de bilan pas trop négatif ne soit pas lu comme un succès du choix Garcia (ou de son remplaçant au pied levé Gérald Baticle) ? Voir JMA se ruer sur un demi-succès pour bomber le torse et conforter sa propre stratégie ne paraît pas franchement impossible. Du coup, faut-il souhaiter un redressement de la situation à court terme, ou bien miser sur une année complètement saccagée pour assurer (cette fois) un véritable changement de cap ? Le dilemme semble familier à certains supporters de l’OL, qui ont passé une bonne partie des dernières saisons à soupeser le rapport coût/bénéfice des résultats sportifs et à se demander si une défaite ne vaut parfois pas mieux qu’une victoire. Un calcul qu’ils préféreraient n’avoir pas à faire, et qui en dit sans doute tristement long sur les options retenues par l’OL ces dernières années.

Eloi Paillol

(Photo Damien LG / OL)

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